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Pétition pour une Suisse sans discrimination liée à l’âge

Une contribution de Monika Blau

Education , Politique intergénérationnelle et dialogue intergénérationnel

9. janvier 2026

La discrimination liée à l’âge ne suscite toujours pas suffisamment d’attention en Suisse. Dans une pétition, la VASOS/FARES réclame une société sans discrimination, ouverte à toutes les générations. Elle lance donc un signal clair. Interviewé, Hans Peter Graf, gérontologue et militant en faveur des personnes âgées, replace la pétition dans son contexte et évoque le débat politique afférant à cette discrimination.

Wie Alt, So Jung

Wie alt, so jung - Mele Brink

Cette sorte de discrimination désigne le fait de désavantager certaines personnes en raison de leur âge. Elle peut donc être subie dès l’enfance et jusqu’à un âge avancé ; elle peut toucher non seulement les personnes âgées, mais aussi les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Un changement de paradigme se dessine toutefois dans le débat politique sur la protection contre la discrimination liée à l’âge et sur la lutte contre celle-ci. Dans cette logique, l’organisation de seniors VASOS/FARES réclame dans sa pétition une « société sans discrimination pour toutes les générations ». Elle reconnaît ainsi que d’autres groupes d’âge que celui qu’elle représente peuvent également être touchés par la discrimination liée à l’âge. Hans Peter Graf, « militant pour les personnes âgées, gérontologue et retraité non-pratiquant », membre du Conseil de fondation de la FAAG de Genève, suit le débat politique avec un grand intérêt. Nous lui avons demandé son avis personnel.

Comment s’explique pour vous cette évolution remarquable ?

À mes yeux, le plus remarquable dans l’évolution politique actuelle, c’est que ce n’est qu’aujourd’hui que la FARES, Fédération des associations des retraité-e-s et de l’entraide en Suisse, oriente de nouveau son regard sur la discrimination liée à l’âge. Pour moi, cela s’explique par le fait que beaucoup de personnes âgées ne se considèrent pas encore comme « vieilles ». Par ailleurs, contrairement à « sexisme » ou « racisme », le terme « âgisme » n’est pas courant. Enfin, on ne peut pas dire que la discrimination basée sur l’âge soit un sujet déjà très présent dans le débat politique en Suisse. La Constitution fédérale suisse stipule à l’article 8, alinéa 2 : « Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son origine, de sa race, de son sexe, de son âge, de sa langue, de sa situation sociale, de son mode de vie, de ses convictions religieuses, philosophiques ou politiques ni du fait d’une déficience corporelle, mentale ou psychique. » Contrairement à d’autres motifs de discrimination, tels que la « race », le sexe ou le handicap, l’âge ne fait pas l’objet de dispositions légales spécifiques dans notre pays, lesquelles mettraient en œuvre le principe pourtant inscrit dans la constitution. En outre, les accords internationaux, tels que la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’homme, la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées ou la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, ne sont pas suffisamment intégrés, sur le plan juridique et structurel, dans la politique nationale suisse.

En résumé:

  • Pétition contre la discrimination liée à l’âge : Dans sa pétition « Protection juridique contre la discrimination liée à l’âge » lancée en 2025, l’organisation de seniors VASOS/FARES réclame une législation plus efficace et un plan d’action national. L’une des mesures demandées est la création, au niveau fédéral, d’un service spécialisé pour les questions liées à l’âge, capable de conseiller la Confédération et les cantons dans la promotion d’une société favorable aux aînés et non discriminatoire pour tous les groupes d’âge.
  • Changement de paradigme : La pétition revendique une Suisse sans discrimination pour tous les groupes d’âge ; elle émet un signal important en reconnaissant que toutes les générations sont concernées par la discrimination fondée sur l’âge.
  • Discrimination fondée sur l’âge négligée par les politiques : Depuis l’an 2000, l’âge est mentionné comme l’un des motifs de discrimination dans la Constitution fédérale suisse. En adhérant à divers accords internationaux, la Suisse s’est en outre engagée à protéger les personnes contre la discrimination fondée sur l’âge. La Suisse a signé la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant dès 1997. Actuellement, le Conseil fédéral s’oppose toutefois à l’élaboration d’une nouvelle convention spécifique relative aux droits des personnes âgées.

La résolution 58/13 du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, adoptée le 3 avril 2025, a pourtant mis cette question en avant en exigeant la création d’un groupe de travail intergouvernemental, chargé d’élaborer et de lui soumettre un projet d’instrument international relatif aux droits des personnes âgées juridiquement contraignant. Fait significatif : cette initiative au niveau des Nations Unies n’a pratiquement pas trouvé d’écho dans l’opinion publique suisse. Il en va de même pour la réponse du Conseil fédéral du 17 mars 2025 à une question du conseiller national Nicolas Walder à ce sujet : « La Suisse s’engage en faveur du respect et de la promotion des droits des personnes âgées. Le Conseil fédéral n’est toutefois pas favorable à l’élaboration d’un nouveau traité international relatif aux droits des personnes âgées. Il estime qu’il n’y a pas de lacunes normatives dans ce domaine… ».

La VASOS/FARES a néanmoins pris le relais pour lancer, début juin 2025, un appel public au Conseil fédéral dans lequel elle lui demande de participer à l’élaboration de la nouvelle convention des Nations Unies. Par la suite, à l’occasion de son 35e anniversaire le 17 octobre, la VASOS/FARES a lancé une pétition intitulée « Protection juridique contre la discrimination liée à l’âge – Pour une société sans discrimination ouverte à toutes les générations », dans l’intérêt d’une société solidaire qui protège et respecte toutes les générations.

Comme l’a déjà souligné le « Rapport mondial sur l’âgisme » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2021, la discrimination basée sur l’âge ne concerne pas seulement les personnes âgées, mais aussi les plus jeunes ! L’Agence allemande de lutte contre la discrimination a effectué une enquête représentative sur les expériences de discrimination fondée sur l’âge en Allemagne, dont les résultats publiés en mars 2025 l’illustrent bien : 45 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà été victimes de discrimination fondée sur l’âge ; 52 % des 16-44 ans ont vécu cette expérience, contre 35 % des 65 ans et plus. Ces différences s’expliquent notamment par une plus grande sensibilité aux inégalités sociales et personnelles parmi les générations plus jeunes.

Qu’espérez-vous de ce regroupement des intérêts de toutes les générations ?

Si la société et les milieux politiques prennent conscience que non seulement les personnes âgées, mais aussi toutes les autres générations, peuvent être victimes de discrimination en raison de leur âge, la probabilité de voir augmenter le nombre de personnes réclamant une protection contre cette discrimination va croissant.

C’est le même phénomène que l’on a pu constater pour la sensibilisation et la mobilisation contre le changement climatique, largement partagées par les personnes âgées et les jeunes : cela crée un lien et favorise une action commune des jeunes et des seniors. Ce regroupement des intérêts illustre que cette question concerne toutes les tranches d’âge, à l’instar d’autres préoccupations actuelles en matière de politique du troisième âge – pensons par exemple à l’accès sans obstacle aux transports publics ou à l’accès aux logements. Ce regroupement résiste en outre aux tentatives politiques visant à attiser le conflit entre les générations, tentatives dont la population a déjà fait l’expérience lors du débat sur les rentes AVS ou sur la limitation du droit de vote des personnes âgées. On peut espérer que des expériences intergénérationnelles comme la nôtre conduisent à un changement de mentalité jusqu’au sein des jeunes partis conservateurs.

« Seuls le respect mutuel et la solidarité entre les générations permettront à notre société de rester vivante et viable à long terme. »

Bea Heim

Présidente FARES

Pour conclure, éloignons-nous de la dimension politique : que pouvons-nous faire sur le plan individuel ?

À mon avis, le plus important est de surmonter les idées dévalorisantes liées à l’âge ou aux différentes phases de la vie et d’agir en conséquence, à commencer par l’idée que nous avons de nous-même !

Alain Berset, alors Conseiller fédéral, l’avait très bien formulé à l’occasion de la conférence nationale « Santé 2030 » en février 2020, peu avant de « mettre en quarantaine » toutes les personnes de plus de 65 ans en tant que groupe particulièrement vulnérable au coronavirus. « … Notre image de la vieillesse est prisonnière de stéréotypes. … Les images que nous avons de la vieillesse ne sont pas sans importance. Elles ont une influence directe sur ce que les jeunes pensent de la vieillesse et sur ce que les personnes âgées elles-mêmes pensent être capables de faire. De nombreuses images actuelles de la vieillesse ont été générées par des hypothèses négatives. Elles se fondent sur le fait que vieillir va de pair avec une diminution des capacités physiques et mentales, et partent donc du principe que « vieillesse » signifie « dépendance ». Cette image est aussi peu nuancée que celle des personnes âgées en pleine forme physique que la publicité aime nous présenter. »

Se faire confiance à soi-même et aux autres de manière réaliste est une condition préalable importante pour parvenir à l’auto-efficacité, quelle que soit la génération. Toutes les générations doivent avoir ce comportement sain et cette façon d’agir responsable en tant que piliers de la société. Cela suppose de porter un intérêt sans préjugés aux « personnes âgées » et aux « jeunes » dans leur diversité respective, de s’informer sur leur réalité, et d’apprendre à mieux connaître et à apprécier ses semblables de toutes les générations : Comment vivent les jeunes de nos jours ? Et les seniors ? Quelles sont leurs conditions de vie, leurs défis, leurs capacités, leurs intérêts et leurs besoins ? Que pouvons-nous accomplir ensemble ? Ces informations et ces expériences permettront, je l’espère, de dépasser des opinions encore trop répandues telles que « Je suis trop âgé pour cela » ou « Vous êtes trop jeunes pour cela ».

Lectures complémentaires

Illustration

  • Caricature « Wie alt, so jung », de Mele Brink

Hans Peter Graf

Hans Peter Graf, Dr sc. pol., en semi-retraite, notamment membre du conseil de fondation de la FAAG – Fondation pour la formation des aînées et des aînés de Genève, membre du comité de GERONTOLOGIE CH, délégué de la FAAG auprès de VASOS, ainsi que membre du NGO Committee on Ageing, Genève, Suisse.

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